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[DegenereScience]

Mot-clé - Pascal Nègre

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samedi 19 septembre 2009

Merci !

Le groupe DegenereScience tient à remercier le gouvernement français et toute l'industrie du divertissement pour sa contribution décisive à l'adoption massive des technologies de cryptographie forte.

Clairement, ça peut être efficace. -- Pascal Nègre

La loi Création et Internet (dite loi HADOPI) vient juste d'être adoptée lors d'un vote solennel à l'Assemblée Nationale, à 285 voix contre 225. Le groupe DegenereScience souhaite adresser ses plus vives félicitations aux 285 héros qui ont permis cette grande réussite.

La route fut longue. Les premières revendications en faveur du droit à la protection absolue des communication via les techniques de chiffrement (qui permettent une garantie mathématique de la confidentialité et de l'intégrité des échanges) remontent à la fin des années 1980, c'est-à-dire au mouvement Cypherpunk. Longtemps considérée comme une arme de guerre (elle l'est toujours dans certains pays), la cryptographie devenait, à l'époque des réseaux informatique naissants, un enjeu de société des plus importants. La France, dans sa logique de déni du progrès social apporté par les technologies de l'information, a massivement refusé de s'intéresser à cette question, laissant à l'État le soin d'en verrouiller soigneusement l'usage. L'Article 30 de la bien nommée Loi pour la Confiance en l'Économie Numérique déclare que l'utilisation des moyens de cryptologie est libre, mais ces moyens ne peuvent en aucun cas être utilisés pour préparer ou commettre un délit (Article 132-79 du Code Pénal).

L'impact de cette dernière restriction est double. D'une part, l'intérêt de ces technologies s'en trouve considérablement réduit puisque, dans un contexte de criminalisation systématique de toutes les activités militantes et citoyennes, il n'est quasiment personne qui puisse se targuer d'être toujours du bon côté de la Loi. Mais d'autre part, et dans la mesure où, par cette loi, l'État reconnaît une fois de plus sa peur face à ces technologies de protection des libertés individuelles, elle agit comme une véritable mesure incitative. La cryptographie peut donc être utilisée comme technologie de contrôle, comme source de profit ou de protection du profit, mais également comme vecteur de libération individuelle et collective de l'autorité de l'État.

La Loi sur les Droits d'Auteurs et les Droits Voisins dans la Société de l'Information n'ayant en rien entravé la décomposition de l'industrie du divertissement (personne n'ayant réellement osé exiger des peines de prison ferme à l'encontre de personnes suivant le même comportement que la quasi-totalité des foyers français connectés), cette dernière réclama de nouvelles mesures. Puisque ni l'État ni l'industrie ne peuvent se permettre d'envoyer en prison une telle proportion de la population nationale, il fallut se rabattre sur l'idée de lui couper arbitrairement l'accès à Internet, sans preuve puisqu'il n'y en a aucune qui soit à la fois fiable et accessible aux polices privées mandatées par l'industrie et complaisamment agréées par la CNIL, et bien entendu sans possibilité de résilier son abonnement auprès du fournisseur d'accès. C'est donc ainsi que naquit la loi HADOPI, désormais votée, pour la seconde fois.

La première décennie du XXIe siècle correspond à une période de folie sécuritaire, marquée par l'avalanche de textes liberticides qui se succèdent depuis la fin du gouvernement Jospin, initiateur du mouvement. L'État a tellement marché sur les libertés individuelles qu'il n'a même plus honte de l'injuste et de l'arbitraire. Mais c'est précisément face à l'injuste que se profile la désobéissance, et cette HADOPI2 qui vient d'être votée, en attendant la prochaine, et surtout en préambule à la Loi d'Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure, est un signal fort, un appel clair à la désobéissance. Les solutions sont déjà techniquement en place, elles sont simples d'emploi, sans danger, utilisent des logiciels libres, et permettent, en plus du libre échange d'informations, la confidentialité et l'intégrité de ces échanges. Qu'il s'agisse de réseaux privés virtuels ou de réseaux d'échange anonyme, les solutions techniques employées auront en commun l'utilisation massive de cryptographie forte, et elles permettront au peuple d'apprivoiser ces technologies.

Ainsi la désobéissance s'exprime déjà, et elle ne fera que s'amplifier. La France tente désespérément de gagner une bataille idéologique qu'elle a déjà perdu.

Les désobéissants de l'HADOPI auront de toute façon le dernier mot.

DegenereScience, le 19 septembre 2009